À propos

Pleins feux sur nos diplômée

Thomas Tait

Quel poste occupez-vous et quelles sont vos principales responsabilités ?

J’ai démarré ma propre entreprise il y a presque deux ans maintenant. Je supervise tous les aspects de mon travail. Je suis à la fois designer, directeur de production, coupeur de patrons en chef, attaché de presse, styliste et directeur artistique, entre autres choses. Je suis pratiquement une sorte d’homme-orchestre.


Décrivez-nous une journée type de votre vie professionnelle?

Chaque jour est différent. Je passe plus de temps à faire ce qui ressemble à de la « limitation de dégâts », à essayer de tenir toutes les pièces ensemble. Tous les aspects de mon travail se combinent et se recoupent en tout temps, alors la plupart de mes journées sont très différentes les unes des autres.


Expliquez-nous votre cheminement professionnel?

  • J’ai terminé un DEC en Design de mode au Collège LaSalle en 2008. J’ai reçu une bourse d’études supérieures au montant de 15 000 $ de la Fondation de la mode de Montréal, en 2008.
  • J’ai entrepris une maîtrise en mode féminine au Central Saint Martins College of Art and design en 2008.
  • J’ai reçu un renouvellement de ma bourse d’études supérieures au montant de 15 000 $ de la Fondation de la mode de Montréal, en 2009.
  • J’ai obtenu mon diplôme de maîtrise en 2010.
  • J’ai lancé ma propre marque en 2010 (saison 2011).
  • J’ai remporté le prix Dorchester Collection Fashion Prize en 2010.
  • J’ai reçu la bourse NEWGEN du British Fashion Council pour 3 saisons consécutives (2010 à ce jour).
  • J’ai reçu une bourse « Découverte » d’une durée de deux ans du Centre for Fashion Enterprise (2010 à ce jour).
  • Je continue d’exposer ma propre marque dans le cadre de la semaine de la mode à Londres.

Je suis aussi consultant, entre New York et Milan, pour la collection haute couture d’une marque d’envergure mondiale. Je collabore avec ASOS pour une petite gamme exclusive de produits de cuir dans le cadre de leur initiative de design INC.; j’ai aussi collaboré avec Nike pour leurs souliers de la saison 2012; avec Cutler and Gross pour leurs lunettes fumées 2012 et, tout récemment, avec HUF pour leurs casquettes de skate AW 2012-2013.

Plus récemment, j’ai été retenu comme candidat au prix parisien de l’ANDAM. Le 28 mai dernier j’ai remporté le Prix LVMH qui comprend une bourse de 300 000 euros ainsi qu’une aide personnalisée pour le développement de mon entreprise par nulle autre que la vénérable maison de mode LVMH.


Quel est votre meilleur souvenir de votre passage au Collège LaSalle?

J’ai vécu tellement de transitions à cette époque. C’était la première fois que je vivais loin de ma mère (je vivais dans un entrepôt du Mile-End avec mon père), je travaillais à la boutique Reborn dans le Vieux-Port, ce qui m’a réellement ouvert les yeux… en général et le simple fait de sortir et de rencontrer de nouvelles personnes a été une partie incroyable de mon expérience au Collège LaSalle. Je sentais vraiment que c’était le point milieu entre l’enfance et l’âge adulte, ce n’était pas l’adolescence non plus; j’étais quelque part en transition. J’ai appris beaucoup sur moi-même et sur ma façon de travailler avec les autres, ce qui est un aspect crucial du travail dans cette industrie.


Dans votre programme d’études, quelle était votre matière favorite?

Je pense que les cours d’illustration avec Gaëtan Gauvin sont parmi mes meilleurs souvenirs. Il était toujours très drôle et un peu fou. Personnellement j’aime aussi beaucoup dessiner, alors c’était bien d’être quelque part où du temps est disponible pour ne faire que cela. Avec le recul ce sont les cours de drapage que j’apprécie le plus, parce qu’ils m’ont tellement appris sur ma propre approche de la confection de vêtements. Avoir la capacité de travailler sur un soutien et des patrons découpés à partir de formes drapées a beaucoup alimenté mon travail. Par contre je ne peux pas dire que c’était mon cours préféré, à l’époque.


Décrivez votre impression générale lors de vos débuts au Collège LaSalle?

Je n’aurais jamais cru que ce serait si technique. J’ai eu très peur. Je n’avais jamais touché à une machine à coudre alors que tout le cours d’introduction à la confection de vêtements était vraiment exigeant. Je me souviens aussi d’avoir remarqué comme il y avait peu de garçons et comme il y avait beaucoup de filles très mal habillées. J’avais l’impression que beaucoup de gens faisaient une déclaration dans leur façon de s’habiller, mais que bien peu d’entre eux y mettaient vraiment de la créativité, ni qu’ils façonnaient une mode ou un look individuel. Mais j’imagine que, de toute façon, les designers ne sont pas des modèles, alors c’est sans importance.


Quel conseil donneriez-vous à un étudiant présentement inscrit dans le programme de mode?

Faites-vous confiance et ne faites pas la diva. Je crois qu’il est vital d’ignorer tout le bruit autour de vous et d’être honnête avec vous-même quant à qui vous êtes, ce qui vous intéresse et ce à quoi vous êtes vraiment bon. Ensuite, ayez la patience et la capacité de communiquer calmement tout ceci aux autres même si je pense que c’est très difficile quand on a 18-20 ans dans une aussi grande école; j’ai l’impression que tout le monde fait un peu trop comme tout le monde. Ce que j’ai réalisé, c’est qu’on est pris avec soi-même toute notre vie… alors acceptez qui vous êtes et essayez réellement de trouver ce qui vous excite. Soyez ouvert d’esprit et pensez un peu à vous et à vos désirs. Ha oui! Et ne faites pas une robe de mariée pour votre projet « créativité ». Quel ennui!


Qu’est-ce qui vous a le plus étonné lors de votre arrivée sur le marché du travail?

J’ai réalisé que les jeux politiques à Londres ont pris le dessus dans la plupart des industries. C’est dur de voir à quel point la créativité et l’expression personnelle sont peu estimées dans le marché. C’est difficile même avec un diplôme extraordinaire; ce n’est jamais facile.


Quelles sont les qualités essentielles pour réussir dans le domaine de la mode?

Être honnête, travaillant et ouvert d’esprit. Je n’ai jamais essayé de lancer une « révolution ». Je me contente de faire mes petites affaires et j’adore ça. Je suis toujours plus à l’aise quand je suis seul avec mes pensées, à faire mes choses à la maison, et je me sens tellement chanceux d’avoir trouvé du confort dans ma propre identité. Je pense que les gens s’en rendent compte. L’industrie a besoin de plus de designers compétents, honnêtes et travaillants, qui sont là pour être heureux et pour fabriquer de belles choses.